REACT-HF : les marqueurs associés à la réhospitalisation des insuffisants cardiaques très âgés

Dose de diurétique, carence martiale, insuffisance mitrale, BPCO : quatre marqueurs disponibles dès la sortie

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Publiée dans Clinical Interventions in Aging, l’étude REACT-HF porte sur des patients de 65 ans et plus inclus dans la télésurveillance Satelia® Cardio à la sortie d’une hospitalisation pour insuffisance cardiaque aiguë, d’avril 2023 à août 2025, dans un parcours cardiogériatrique associant suivi ambulatoire coordonné et hôpital de jour. Sur 991 patients inclus, 255, d’âge médian 87 ans, avaient un suivi suffisant à 12 mois. Les réhospitalisations pour insuffisance cardiaque atteignent 9,8 % à 3 mois, 16,1 % à 6 mois et 24,7 % à 12 mois ; la dose de diurétique de l’anse à la sortie, l’insuffisance mitrale, la carence martiale et la BPCO y sont associées. Étude descriptive sans groupe témoin : elle ne permet pas de conclure à un effet de la télésurveillance.

En-tête de la publication « Rehospitalisation Patterns in Very Old Adults with Heart Failure Managed Within an Integrated Cardiogeriatric Post-Discharge Care Pathway: The REACT-HF Study », Clinical Interventions in Aging, 2026, Esser R et al.
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L’essentiel en 6 chiffres

  • 255 patients de 65 ans et plus (âge médian 87 ans) analysés, parmi 991 inclus dans un parcours cardiogériatrique avec télésurveillance Satelia® Cardio entre 2023 et 2025
  • Une population très vulnérable : indice de Charlson médian 8, fibrillation atriale chez 72,5 %, DFG inférieur à 45 mL/min/1,73 m² chez 52,9 %, risque de dénutrition chez 49,0 %
  • Réhospitalisations pour insuffisance cardiaque : 9,8 % à 3 mois, 16,1 % à 6 mois, 24,7 % à 12 mois
  • À 12 mois : insuffisance mitrale au moins modérée (OR ajusté 3,19), carence martiale absolue (OR ajusté 2,98) et BPCO (OR ajusté 2,68)
  • À 3 et 6 mois : une dose plus élevée de diurétique de l’anse à la sortie
  • Âge, dépendance (ADL) et fraction d’éjection : pas d’association indépendante dans les modèles ajustés

Pourquoi s’intéresser aux patients très âgés.

L’insuffisance cardiaque touche plus de 64 millions de personnes dans le monde et sa prévalence dépasse 10 % après 80 ans. À cet âge, elle s’accompagne souvent de polypathologie, de polymédication, de troubles cognitifs et de dépendance, qui compliquent la prise en charge.

La sortie d’hospitalisation est une période particulièrement fragile : près d’un patient âgé sur quatre est réhospitalisé dans les 30 jours, et plus de la moitié dans l’année. Chaque réhospitalisation expose à un déclin fonctionnel et à une perte d’autonomie. Pourtant, les données propres aux patients très âgés et polypathologiques restent rares.

L’étude REACT-HF a été conçue dans une perspective gériatrique : décrire les réhospitalisations et les marqueurs qui y sont associés chez des patients très âgés suivis dans un parcours cardiogériatrique, et non évaluer l’efficacité de la télésurveillance médicale en tant que telle.

 

Un parcours cardiogériatrique, dont la télésurveillance est un maillon.

L’étude a été menée dans un service de cardiogériatrie de 25 lits, en région parisienne, entre avril 2023 et août 2025. Selon les auteurs, c’est le premier service de gériatrie en France à avoir structuré un parcours associant :

  • un suivi ambulatoire coordonné par une équipe qui réunit cardiologie et gériatrie ;
  • la télésurveillance Satelia® Cardio dès la sortie ;
  • un hôpital de jour accessible rapidement, sans réhospitalisation complète, pour une réévaluation clinique, des diurétiques intraveineux, une supplémentation en fer ou une titration des traitements ;
  • l’éducation thérapeutique du patient.

Côté suivi à distance, chaque patient reçoit un premier appel dans les 48 heures. Il reçoit ensuite, une à deux fois par semaine, un SMS renvoyant vers un questionnaire en ligne sur les signes précoces de décompensation : essoufflement, prise de poids, œdèmes, fatigue. Une aggravation déclenche une alerte vers le cardiologue. Aucun logiciel ni capteur n’est nécessaire, et des infirmières aident par téléphone les patients peu à l’aise avec le numérique.

Les auteurs le précisent : la télésurveillance sert ici d’outil de coordination et d’alerte. Elle ne définit ni les décisions cliniques, ni les stratégies thérapeutiques.

 

255 patients d’âge médian 87 ans.

Sur 991 patients de plus de 65 ans inclus dans le programme pendant la période, 736 ont été exclus de l’analyse parce que leur situation à 12 mois ne pouvait pas être établie :

  • 172 décès pendant le suivi ;
  • 185 désinscriptions ou arrêts du programme ;
  • 277 patients avec moins de 12 mois de données ;
  • 85 suivis insuffisants ou incohérents, et 17 autres motifs.

Les 255 patients analysés sont très âgés et très vulnérables :

  • âge médian 87 ans, 46,3 % de femmes ;
  • indice de Charlson médian 8 ; fibrillation ou flutter atrial chez 72,5 %, hypertension chez 68,1 %, diabète chez 32,9 % ;
  • débit de filtration glomérulaire inférieur à 45 mL/min/1,73 m² chez 52,9 % ;
  • risque de dénutrition chez 49,0 %, dénutrition sévère chez 31,8 % ; carence martiale absolue chez 26,1 % ;
  • fraction d’éjection réduite chez 27,2 % seulement ; NT-proBNP médian de 2 000 pg/mL à la sortie.

Les traitements de sortie reflètent la prise en charge actuelle : diurétique de l’anse chez 92,2 %, inhibiteur de SGLT2 chez 87,8 %, bêtabloquant chez 73,7 %.

 

Réhospitalisations : 9,8 % à 3 mois, 24,7 % à 12 mois.

Parmi ces patients, les réhospitalisations non programmées pour insuffisance cardiaque concernent 9,8 % d’entre eux à 3 mois, 16,1 % à 6 mois et 24,7 % à 12 mois.

Les patients réhospitalisés tendaient à être plus dépendants et plus dénutris, mais ces écarts ne sont pas statistiquement significatifs. Pour les auteurs, cela tient vraisemblablement au faible nombre d’événements plutôt qu’à un manque de pertinence clinique : l’évaluation gériatrique reste essentielle pour apprécier la vulnérabilité et la complexité des soins.

 

Quatre marqueurs disponibles dès la sortie.

Les modèles ajustés font ressortir quatre marqueurs, avec un poids qui varie selon l’échéance.

Marqueur à la sortie À 3 mois À 6 mois À 12 mois
Dose de diurétique de l’anse (en continu) 1,002 (1,000-1,004) 1,002 (1,000-1,004) 1,002 (1,000-1,003) (ns)
Insuffisance mitrale au moins modérée 2,72 (0,96-7,70) (ns) 3,14 (1,29-7,67) 3,19 (1,34-7,56)
Carence martiale absolue 1,37 (0,55-3,44) (ns) 2,16 (1,02-4,59) 2,98 (1,53-5,82)
BPCO 1,37 (0,35-5,31) (ns) 0,95 (0,28-3,15) (ns) 2,68 (1,03-6,98)
DFG inférieur à 45 mL/min/1,73 m² 2,47 (0,90-6,75) (ns) 1,69 (0,76-3,76) (ns) 1,65 (0,82-3,31) (ns)
Odds ratios ajustés (IC 95 %) issus de modèles de régression logistique distincts pour chaque échéance, ajustés notamment sur l’âge, le sexe, l’indice de Charlson, la dépendance, la fraction d’éjection et le NT-proBNP. En gras : association statistiquement significative ; « ns » : non significative. Analyses exploratoires. Source : Esser R et al., Clin Interv Aging 2026;21:1342, tableaux 2 à 4.

La dose de diurétique de l’anse à la sortie est associée aux réhospitalisations à 3 et 6 mois. Les auteurs y voient un marqueur pragmatique de la congestion et de la sévérité de la maladie, pas une cause.

La carence martiale absolue est associée aux réhospitalisations à 6 et 12 mois. Ce résultat rejoint l’impact pronostique connu de la carence martiale et les essais ayant montré le bénéfice du fer intraveineux (FAIR-HF, CONFIRM-HF, AFFIRM-AHF, IRONMAN). Sa correction pourrait être particulièrement pertinente chez le patient très âgé, même si l’étude ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet.

L’insuffisance mitrale au moins modérée et la BPCO pèsent surtout à 12 mois. Elles signalent, selon les auteurs, une complexité clinique et une vulnérabilité qui s’installent au-delà des premières semaines.

Pour la pratique, les auteurs suggèrent que ces variables simples, connues dès la sortie, peuvent aider à repérer les patients qui justifient une réévaluation cardiogériatrique et une surveillance plus rapprochée. Ils présentent ces pistes comme des hypothèses, pas comme des recommandations.

 

Durée des séjours : un peu plus longue après l’inclusion.

La publication compare aussi la durée médiane des séjours hospitaliers avant et après l’entrée dans le programme.

Échéance Avant l’inclusion Après l’inclusion p
3 mois 7,0 jours (6,0-9,0) 8,0 jours (6,0-14,0) 0,065
6 mois 7,0 jours (6,0-9,0) 8,0 jours (7,0-14,0) 0,002
12 mois 7,0 jours (6,0-9,0) 8,0 jours (6,0-12,75) 0,014
Durée médiane des séjours hospitaliers (intervalle interquartile) avant et après l’entrée dans le programme de télésurveillance. Analyse descriptive. Source : Esser R et al., Clin Interv Aging 2026;21:1342, tableau 5.

La durée médiane passe de 7 à 8 jours, avec une différence significative à 6 et 12 mois. Les auteurs l’attribuent vraisemblablement à l’âge très avancé et à la polypathologie de la cohorte, des facteurs connus pour allonger les séjours indépendamment du parcours. L’étude n’ayant pas été conçue pour mesurer un effet sur la durée de séjour, ce résultat est purement descriptif.

 

Ce que cette étude ne dit pas.

Les auteurs détaillent eux-mêmes les limites de leur travail. Les principales :

  • Un biais de survie majeur. Seuls les patients dont la situation à 12 mois était connue ont été analysés : 255 sur 991. Les 172 patients décédés pendant le suivi en sont exclus, et le décès, risque concurrent important à cet âge, n’est pas modélisé. Les taux de réhospitalisation ne s’appliquent donc pas à l’ensemble des patients âgés hospitalisés pour insuffisance cardiaque.
  • Aucun effet de la télésurveillance n’est démontré. L’étude est rétrospective, monocentrique et sans groupe témoin. La télésurveillance n’y est qu’une composante du parcours, et sa contribution propre ne peut pas être déterminée. Le taux de 24,7 % à 12 mois se situe dans la fourchette des grands registres, mais les auteurs écartent explicitement toute conclusion sur l’efficacité du parcours.
  • Des modèles fragiles. Le nombre d’événements est faible au regard du nombre de variables, ce qui expose à un surajustement : les analyses multivariées sont exploratoires et génératrices d’hypothèses.
  • Un seul centre, au fonctionnement particulier : les résultats demandent à être confirmés par des études multicentriques.
  • Des liens d’intérêt déclarés. Nicolas Pages et Sophie Nisse Durgeat sont salariés de NP Medical, fabricant de Satelia® Cardio. Les autres auteurs ne déclarent aucun lien d’intérêt. L’étude n’a reçu aucun financement externe.

Satelia® Cardio s’utilise en complément des soins standard, sous la responsabilité d’un professionnel de santé. Il ne constitue pas un système d’urgence et ne remplace ni la consultation, ni la relation médicale.

 

Questions fréquentes.

Quel est le taux de réhospitalisation des insuffisants cardiaques très âgés suivis en cardiogériatrie ?

Dans REACT-HF, chez 255 patients d’âge médian 87 ans dont le suivi permettait de connaître leur situation à 12 mois, 9,8 % ont été réhospitalisés pour insuffisance cardiaque à 3 mois, 16,1 % à 6 mois et 24,7 % à 12 mois. Ces taux ne concernent que les patients ayant survécu à la période suivant la sortie et ne s’appliquent pas à l’ensemble des patients âgés hospitalisés.

Quels facteurs sont associés à la réhospitalisation des patients très âgés ?

Dans cette cohorte, une dose plus élevée de diurétique de l’anse à la sortie est associée aux réhospitalisations à 3 et 6 mois. À 12 mois, ce sont l’insuffisance mitrale au moins modérée (OR ajusté 3,19), la carence martiale absolue (OR ajusté 2,98) et la BPCO (OR ajusté 2,68). Ces analyses sont exploratoires.

La dépendance ou la dénutrition sont-elles associées à la réhospitalisation dans REACT-HF ?

Pas de façon indépendante. Les patients réhospitalisés tendaient à être plus dépendants et plus dénutris, sans différence statistiquement significative, et l’échelle de dépendance (ADL) n’est associée à aucune échéance dans les modèles ajustés. Les auteurs l’attribuent plutôt au faible nombre d’événements qu’à un manque de pertinence clinique de ces marqueurs gériatriques.

Quel est le rôle de la télésurveillance dans REACT-HF ?

Elle est un maillon d’un parcours cardiogériatrique plus large, qui comprend aussi un suivi ambulatoire coordonné et un hôpital de jour accessible rapidement. Elle y sert d’outil de coordination et d’alerte. L’étude ne l’évalue pas isolément et ne permet pas de conclure à un effet de la télésurveillance sur les réhospitalisations.

Pourquoi la carence martiale compte-t-elle chez ces patients ?

Dans REACT-HF, la carence martiale absolue concerne 26,1 % des patients. Elle est associée aux réhospitalisations à 6 mois (OR ajusté 2,16) et à 12 mois (OR ajusté 2,98). Les auteurs relient ce résultat aux études ayant montré le bénéfice du fer intraveineux dans l’insuffisance cardiaque, sans pouvoir conclure à un lien de cause à effet.

 

En savoir plus.

La publication est en accès libre dans Clinical Interventions in Aging (Dove Medical Press), sous licence Creative Commons CC BY-NC 4.0.

Esser R, Larbaneix M, Mondragon A, Co M, Esteban M, Farges C, Harboun M, Pages N, Nisse Durgeat S, Maurou O. Rehospitalisation Patterns in Very Old Adults with Heart Failure Managed Within an Integrated Cardiogeriatric Post-Discharge Care Pathway: The REACT-HF Study. Clin Interv Aging. 2026;21:1342.

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