L’essentiel en 6 chiffres
- 825 patients interrogés pendant le programme ETAPES : 400 suivis en autonomie sur l’application web, 425 par téléphone avec une infirmière
- 87 % de patients satisfaits de la télésurveillance de leur insuffisance cardiaque
- 94 % jugent l’application facile à utiliser, 96,5 % facilement accessible, 89 % compréhensible
- 99 % estiment que répondre au questionnaire ne demande pas un temps déraisonnable
- 70 % pensent que la télésurveillance aide leur médecin à mieux assurer leur suivi (note moyenne 7,98/10)
- 98,1 % des 425 patients peu à l’aise avec le numérique jugent le suivi téléphonique simple et rapide
Une enquête déclarative auprès de 825 patients, pendant le programme ETAPES.
L’insuffisance cardiaque chronique est une maladie de long cours, marquée par des décompensations qui conduisent à l’hôpital. Entre deux consultations, l’essentiel se joue au domicile : le poids, l’essoufflement, les œdèmes, la fatigue. C’est précisément ce que la télésurveillance cherche à capter.
En France, le programme expérimental ETAPES (Expérimentations de télémédecine pour l’amélioration des parcours en santé), financé par le ministère de la Santé, a permis de déployer ces suivis à grande échelle avant leur entrée dans le droit commun. C’est dans ce cadre qu’a été conduite la première enquête de satisfaction auprès des utilisateurs de Satelia® Cardio, publiée dans les Annales de Cardiologie et d’Angéiologie.
Le principe du suivi est simple. Le patient répond régulièrement à huit questions : sept sur ses symptômes, une sur son poids. Ces données rapportées par le patient sont transmises à l’équipe soignante, qui est alertée en cas de signal préoccupant.
Point décisif de cette étude : deux modalités de réponse coexistaient, selon l’aisance numérique du patient.
- 400 patients à l’aise avec le numérique répondaient en ligne, en autonomie, via l’application web ;
- 425 patients peu à l’aise avec le numérique répondaient par téléphone, avec une infirmière.
L’enquête, déclarative et volontaire, portait sur trois dimensions : l’utilité perçue, la facilité d’utilisation et l’impact ressenti sur la qualité de vie.
Une application jugée simple, accessible et rapide.
Sur l’ensemble des 825 répondants, 87 % se déclarent satisfaits du suivi numérique de leur insuffisance cardiaque. Le détail des items d’utilisabilité est constamment élevé.
| Ce que déclarent les patients à propos de l’application | Proportion |
|---|---|
| Ne demande pas un temps déraisonnable pour répondre | 99 % |
| Envoie ses notifications au bon moment | 98 % |
| Facilement accessible | 96,5 % |
| N’a pas posé de problème d’utilisation | 95 % |
| Facile à utiliser | 94 % |
| Questions compréhensibles | 89 % |
| Satisfaction globale du suivi | 87 % |
Ce niveau de réponse mérite une lecture prudente : il s’agit d’une enquête volontaire, à laquelle répondent plutôt les patients engagés dans leur suivi. Il indique néanmoins que l’outil n’a pas constitué un obstacle pratique pour la très grande majorité des répondants.
Et les 425 patients peu à l’aise avec le numérique ?
C’est l’apport le plus intéressant de cette publication, et celui qu’on cite le moins. Plus de la moitié de la cohorte, 425 patients sur 825, n’était pas en mesure d’utiliser l’application web en autonomie. Ces patients n’ont pas été écartés du programme : ils ont été suivis par téléphone, avec une infirmière, sur les mêmes questions.
Interrogés sur ce suivi assisté, voici ce qu’ils en disent.
| Le suivi téléphonique est… | Oui | Non | Part de « oui » |
|---|---|---|---|
| Simple | 417 | 8 | 98,1 % |
| Rapide | 417 | 8 | 98,1 % |
| Utile | 412 | 13 | 96,9 % |
| Rassurant | 411 | 14 | 96,7 % |
| Motivant | 360 | 65 | 84,7 % |
| Complexe | 18 | 407 | 4,2 % |
| Une perte de temps | 18 | 407 | 4,2 % |

Moins de 5 % de ces patients qualifient le dispositif de complexe ou de perte de temps. Et 96,7 % le trouvent rassurant : le même mot qui arrivera en tête, trois ans plus tard, dans l’enquête menée auprès des utilisateurs du droit commun.
La conclusion des auteurs est explicite : les patients peu à l’aise avec le numérique peuvent avoir besoin d’une télésurveillance humaine ou assistée. Autrement dit, l’accès à la télésurveillance ne se joue pas seulement sur la qualité de l’application, mais sur l’existence d’un parcours alternatif pour ceux qui ne peuvent pas l’utiliser seuls.
Ce que les patients perçoivent du bénéfice de la télésurveillance.
Au-delà de l’ergonomie, l’enquête interroge la valeur ressentie du suivi.
- 70 % des patients estiment que la télésurveillance aide leur médecin à mieux assurer leur suivi, avec une note moyenne de 7,98 sur 10 ;
- 45 % des patients à l’aise avec le numérique déclarent une amélioration de leur qualité de vie.
Ces deux résultats sont des perceptions, pas des mesures. Le fait qu’un patient estime que son médecin est mieux informé ne dit rien de l’organisation réelle des soins, et une qualité de vie déclarée n’est pas une qualité de vie mesurée par un instrument validé. Ils indiquent en revanche que le suivi à distance est vécu comme un apport, et non comme une contrainte administrative de plus.
Ce que cette étude ne dit pas.
- C’est une enquête déclarative et volontaire. Elle est exposée à un biais de sélection : les patients les plus engagés et les plus satisfaits répondent davantage. L’ampleur de ce biais n’est pas quantifiable ici.
- Aucun critère clinique n’est évalué. Ni mortalité, ni hospitalisations, ni passages aux urgences. Ces questions relèvent d’autres travaux, notamment TELESAT-HF et TELESAT PRIOR-HF.
- Il n’y a pas de groupe comparateur. L’étude décrit l’expérience des utilisateurs, elle ne la compare pas à celle de patients non télésurveillés.
- Aucune variable clinique n’est recueillie (classe NYHA, fraction d’éjection, comorbidités), ce qui interdit toute analyse ajustée sur la sévérité de la maladie.
- Le contexte est particulier : le recueil s’inscrit dans le programme expérimental ETAPES, pendant la période COVID-19.
- Un lien d’intérêt est déclaré : plusieurs auteurs sont salariés de NP Medical, fabricant de Satelia® Cardio.
87 % en 2021, 80,3 % en 2024 : deux chiffres qui ne se comparent pas.
Une enquête plus récente, publiée en 2026 dans la revue Healthcare, rapporte une satisfaction globale de 80,3 % auprès de 978 utilisateurs suivis dans le cadre du droit commun. Ce chiffre est parfois opposé au 87 % de la présente étude. À tort : les deux ne mesurent pas la même chose.
- La population n’est pas la même. Le 87 % porte sur l’ensemble des 825 répondants de 2021, parcours numérique et parcours téléphonique confondus. Le 80,3 % porte sur les répondants de 2024 du seul parcours numérique direct.
- La mesure n’est pas la même. Le 87 % correspond à la proportion de patients se déclarant satisfaits. Le 80,3 % correspond à la proportion de répondants attribuant une note de 7 à 10, un seuil plus exigeant.
- Le point de comparaison retenu par les auteurs pour la période ETAPES n’est d’ailleurs pas 87 %, mais 77,0 % : la proportion de notes 7-10 parmi les 400 patients du parcours numérique de 2021.
Lues correctement, les deux enquêtes racontent la même chose : un niveau de satisfaction élevé, qui se maintient lorsque la télésurveillance passe de l’expérimentation au déploiement de routine, auprès d’une population de plus en plus âgée.
Questions fréquentes.
Combien de patients ont participé à cette enquête de satisfaction ?
825 patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique, tous utilisateurs de Satelia® Cardio dans le cadre du programme ETAPES : 400 répondant en ligne en autonomie et 425 répondant par téléphone avec une infirmière.
Faut-il être à l’aise avec le numérique pour être télésurveillé ?
Non. Dans cette étude, 425 patients sur 825 étaient peu à l’aise avec le numérique et ont été suivis par téléphone avec une infirmière, sur les mêmes questions. 98,1 % d’entre eux jugent ce suivi simple et rapide, et moins de 5 % le trouvent complexe ou inutile.
La télésurveillance améliore-t-elle la qualité de vie des patients insuffisants cardiaques ?
Dans cette enquête, 45 % des patients à l’aise avec le numérique déclarent une amélioration de leur qualité de vie. Il s’agit d’une perception rapportée par le patient, et non d’une mesure réalisée avec un instrument validé.
Cette étude démontre-t-elle un bénéfice clinique de la télésurveillance ?
Non. Elle porte uniquement sur l’expérience et la satisfaction déclarées, sans critère clinique ni groupe comparateur. Les données cliniques de Satelia® Cardio proviennent d’autres travaux, notamment TELESAT-HF et TELESAT PRIOR-HF.
Qu’est-ce que le programme ETAPES ?
ETAPES (Expérimentations de télémédecine pour l’amélioration des parcours en santé) est le programme expérimental financé par le ministère de la Santé qui a encadré et financé la télésurveillance médicale en France jusqu’au 31 décembre 2022, avant son inscription au remboursement de droit commun le 1er juillet 2023.
En savoir plus.
Jourdain P, Pages N, Amara W, Maribas P, Lafitte S, Lemieux H, Barritault F, Seronde M-F, Labarre J-P, Chaouky H, Bedel C, Betito L, Nisse-Durgeat S, Picard F. Perceptions et satisfaction des patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique lors de l’utilisation de l’application web de télésurveillance Satelia® Cardio. Ann Cardiol Angeiol (Paris). 2023;72(3):101606.
Cliquer ici pour télécharger l’étude en pdf
À lire également sur le blog :
- Télésurveillance de l’insuffisance cardiaque : 80,3 % de patients satisfaits dans le droit commun — la suite de cette enquête, auprès de 1 378 utilisateurs
- TELESAT PRIOR-HF : -46 % de mortalité et -15 % d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque
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