L’essentiel
- SANTÉ FUTURE, B SMART, mercredi 30 septembre 2026 — entretien de 5 min 11 mené par Alix Nguyen.
- Invité : Nicolas Pagès, médecin anesthésiste-réanimateur, cofondateur et CEO de Satelia.
- Thèmes abordés : le suivi des maladies chroniques entre deux consultations, le fonctionnement de la télésurveillance, et les résultats de l’étude TELESAT PRIOR-HF.
Un système pensé pour l’aigu, des maladies qui durent.
Alix Nguyen ouvre l’entretien sur une question simple : quel est l’angle mort du suivi d’un patient rentré chez lui ?
Nicolas Pagès répond qu’il est commun à la plupart des maladies chroniques. Notre système de santé a été conçu pour des épisodes : on consulte, on est hospitalisé, on rentre. Il n’a pas été outillé pour un suivi continu, celui qu’exige par définition une maladie chronique comme l’insuffisance cardiaque chronique, où l’état d’un patient peut évoluer d’une semaine sur l’autre.
Il rappelle les signes qui marquent cette aggravation — essoufflement, prise de poids, œdèmes, fatigue — et précise que l’âge moyen des patients suivis par Satelia est de 74 ans, un âge où ces signes sont volontiers attribués au vieillissement.
Comment fonctionne le télésuivi.
Le principe qu’il décrit est volontairement simple : des questions régulières posées au patient sur son poids — relevé sur une balance connectée ou sur un pèse-personne ordinaire — et sur ses symptômes, dont la façon dont le souffle se comporte à l’effort, au repos puis allongé.
Un algorithme analyse ces réponses et surtout leur tendance, puis l’équipe soignante voit sur un tableau de bord lesquels de ses patients demandent une attention aujourd’hui. Il donne un ordre de grandeur : sur une file de 500 patients, deux ou trois nécessitent une intervention dans la journée.
Les résultats sur lesquels il revient.
La dernière partie de l’entretien porte sur les données. Nicolas Pagès y renvoie à l’étude TELESAT PRIOR-HF, parue dans l’European Journal of Heart Failure en 2026, conduite sur environ 3 579 patients à partir des données de l’Assurance maladie, chez des patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque dans l’année précédente.
Ce que rapporte cette publication, dans ses propres termes :
- une mortalité toutes causes de 23,5 % contre 39,6 % à deux ans (HR 0,54 ; IC 95 % 0,47-0,63 ; p < 0,001) ;
- −1,77 jour d’hospitalisation cumulé par patient (IC 95 % −2,81 à −0,72 ; p < 0,001) ;
- des coûts totaux de santé qui ne diffèrent pas significativement entre les deux groupes à 6, 12 et 24 mois.
Interrogé sur ce dernier point, il en donne une lecture imagée :
« Au mois numéro 2, on a remboursé les frais du mois numéro 1. Au mois numéro 3, on a remboursé les frais du mois numéro 1 et 2, etc., jusqu’à 24 mois. »
Nicolas Pagès — SANTÉ FUTURE, B SMART, 30 septembre 2026
Ce que l’étude précise.
Trois précisions accompagnent utilement cette lecture.
TELESAT PRIOR-HF est une étude observationnelle. Elle établit des associations, non des relations de cause à effet, et un biais d’indication ne peut pas être exclu. Plusieurs de ses auteurs sont salariés ou collaborateurs de NP Medical, fabricant du dispositif.
Sur les coûts, les auteurs ne concluent pas à des économies mais à l’absence de différence significative, en précisant que les dépenses sont numériquement plus élevées dans le groupe télésurveillé aux échéances tardives — ce que la survie plus longue de ces patients suffit à expliquer. L’étude ne publie pas de courbe d’amortissement mois par mois.
Enfin, ces résultats portent sur une population précise : des patients récemment hospitalisés. Ils ne se transposent pas tels quels à l’ensemble des patients insuffisants cardiaques chroniques.
En savoir plus.
L’entretien complet est disponible sur le site de B SMART, et l’étude en accès libre dans l’European Journal of Heart Failure.
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