Soft skills : ce que l’IA déplace, et ce qu’elle ne remplace pas

Si la moitié de ce qu'on sait faire sera périmée dans deux ans, sur quoi recrute-t-on ?

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Invité de Future of Work le 30 juillet 2026, au micro de Julienne Nadin, Nicolas Pagès, médecin anesthésiste-réanimateur devenu CEO de Satelia, explique pourquoi les entreprises ne peuvent plus recruter sur les seules compétences techniques, et quelles pratiques managériales il a mises en place. Cet article prolonge l’échange avec ce qu’une entreprise de dispositif médical y ajoute de spécifique.

Nicolas Pagès, CEO de Satelia, interviewé par Julienne Nadin dans l'émission Future of Work sur Demain TV
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L’essentiel

  • L’IA raccourcit la durée de vie des compétences techniques ; elle ne remplace ni la curiosité, ni la capacité à apprendre, ni le travail d’équipe.
  • Le recrutement se déplace du diplôme vers la trajectoire d’apprentissage.
  • Concevoir un dispositif médical de classe IIa impose une discipline particulière : traçabilité, preuve, revue par un organisme notifié.
  • Transparence des rémunérations, feedback réguliers, autonomie et actionnariat salarié : quatre leviers d’engagement mis en place chez Satelia.
Nicolas Pagès, invité de Julienne Nadin dans Future of Work — Demain TV, 30 juillet 2026 (26 min 42).

Ce que l’intelligence artificielle déplace.

Les compétences techniques ont toujours vieilli. Ce qui change, c’est la vitesse. Un savoir-faire outillé — écrire une requête, produire un premier jet de code, mettre en forme un document — se déprécie aujourd’hui en quelques trimestres plutôt qu’en quelques années.

Reste ce qui ne s’automatise pas facilement : la curiosité, la capacité à apprendre vite, la communication, le travail d’équipe. C’est la thèse que défend Nicolas Pagès, médecin anesthésiste-réanimateur devenu CEO de Satelia, dans l’épisode de Future of Work que lui a consacré Demain TV le 30 juillet 2026, au micro de Julienne Nadin.

La conséquence est moins confortable qu’il n’y paraît. Si la moitié de ce qu’une personne sait faire aujourd’hui sera périmé dans deux ans, alors recruter sur ce qu’elle sait faire aujourd’hui revient à recruter sur une donnée en cours d’obsolescence.

 

Recruter sur la trajectoire plutôt que sur le diplôme.

D’où un déplacement du critère : moins le niveau atteint, davantage la pente. Qu’est-ce que cette personne a appris seule ces deux dernières années ? Comment se comporte-t-elle face à un sujet qu’elle ne maîtrise pas ? Sait-elle dire qu’elle ne sait pas ?

C’est un critère plus difficile à évaluer qu’un diplôme, et plus facile à se raconter qu’à appliquer. Il suppose des entretiens construits autrement, et l’acceptation d’un délai : une personne recrutée sur son potentiel est moins immédiatement productive qu’une personne recrutée sur son expérience.

 

Ce qu’un dispositif médical impose à une culture d’équipe.

Il y a une contrainte que l’épisode n’aborde pas frontalement, et qui pèse pourtant sur chaque recrutement chez Satelia : le produit est un dispositif médical.

Satelia® Cardio porte le marquage CE de classe IIa, délivré par un organisme notifié après examen du dossier technique et clinique. Concrètement, cela veut dire qu’une modification n’est pas seulement déployée : elle est documentée, justifiée, tracée. Qu’une décision de conception doit pouvoir être expliquée à un auditeur trois ans plus tard. Et qu’une affirmation sur l’efficacité du produit ne vaut que si une publication la soutient.

Cette contrainte sélectionne des tempéraments. Elle convient mal à qui veut expédier vite et corriger ensuite. Elle convient bien à qui trouve satisfaction dans la rigueur — et c’est précisément une qualité comportementale, pas une compétence technique. La discipline de la preuve est probablement la soft skill la plus spécifique de ce métier.

 

Transparence, feedback, autonomie, actionnariat.

Quatre pratiques managériales sont évoquées dans l’entretien : la transparence sur les rémunérations, des feedback réguliers, l’autonomie laissée aux équipes, et l’actionnariat salarié.

Aucune n’est neutre. La transparence salariale oblige à savoir défendre chaque écart, ce qui est inconfortable et sain. Le feedback régulier ne vaut que s’il est fréquent et sans enjeu — un point trimestriel qui décide d’une augmentation n’est pas un feedback, c’est une évaluation. L’autonomie suppose que l’objectif soit clair, faute de quoi elle produit de la dispersion. Et l’actionnariat salarié n’aligne les intérêts que si chacun comprend ce qu’il détient.

Ce sont des leviers d’engagement, pas des recettes. Leur effet dépend entièrement de la constance avec laquelle ils sont tenus.

 

Une culture ne se décrète pas.

C’est le point sur lequel se referme l’entretien, et sans doute le plus juste. Une culture d’entreprise ne se produit pas par annonce. Elle se dépose lentement, par des décisions cohérentes répétées — surtout celles qui coûtent quelque chose.

Les managers y jouent le rôle décisif : donner du sens, accompagner les évolutions de métier, créer les conditions dans lesquelles quelqu’un peut apprendre sans se sentir menacé. Dans un secteur où les compétences se renouvellent vite, c’est peut-être la seule forme de fidélisation qui tienne.

 

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