Une étude pilote menée en Nouvelle-Aquitaine.
Cette étude descriptive a été menée entre le 31 octobre 2022 et le 11 avril 2023 dans trois hôpitaux de Nouvelle-Aquitaine. Au total, 379 patients insuffisants cardiaques ont été inclus dans un dispositif de télésurveillance.
Les patients étaient majoritairement des hommes (61,5 %), avec un âge moyen de 75,2 ans, reflétant la population classiquement prise en charge pour cette pathologie chronique. Les patients ont été suivis à distance via une plateforme de télésurveillance cardiaque, intégrée au parcours de soins hospitalier.
Le point de vue des professionnels de santé.
Afin de mieux comprendre les enjeux humains et organisationnels, des entretiens semi-structurés ont été menés auprès de professionnels directement impliqués dans le suivi des patients :
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un cardiologue,
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deux infirmières de soins ambulatoires.
Ces échanges visaient à recueillir leur retour d’expérience sur l’utilisation quotidienne de la télésurveillance, ses bénéfices perçus et les difficultés rencontrées lors de sa mise en œuvre.
« La télésurveillance a été globalement bien acceptée par les professionnels de santé, qui la perçoivent comme un outil pertinent pour le suivi des patients insuffisants cardiaques en conditions réelles. »
— Benchimol et al., Hospital Topics, 2025
Une acceptabilité globale, malgré des défis organisationnels.
Les professionnels interrogés décrivent une acceptation globalement positive de la télésurveillance, tout en soulignant plusieurs freins structurels à son déploiement. Parmi les principaux défis identifiés figurent :
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des ressources humaines limitées, dans un contexte hospitalier déjà contraint,
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une gestion des alertes parfois complexe, difficile à concilier avec les organisations existantes,
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la transition depuis des modèles de soins traditionnels, nécessitant une évolution des pratiques,
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des réticences initiales de certaines directions hospitalières, liées aux changements organisationnels induits.
« Le principal défi identifié concerne les ressources humaines, avec la nécessité de former et de mobiliser des infirmières dédiées à la télésurveillance afin de gérer durablement l’augmentation du nombre de patients suivis. »
— Benchimol et al., Hospital Topics, 2025
Les professionnels soulignent ainsi l’importance de recruter et former des infirmières spécialisées en télésurveillance, condition essentielle pour garantir la qualité, la sécurité et la pérennité du suivi à distance, notamment dans le contexte post-COVID.
Des enseignements concrets pour le déploiement à grande échelle.
Cette étude apporte des premiers enseignements opérationnels sur la mise en œuvre de la télésurveillance de l’insuffisance cardiaque en milieu hospitalier multisite. Elle met en évidence que :
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la télésurveillance est bien acceptée par les professionnels lorsqu’elle est structurée et intégrée au parcours de soins,
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son déploiement nécessite un investissement humain et organisationnel dédié,
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la formation et la spécialisation des équipes sont des leviers clés pour accompagner la montée en charge,
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l’intégration progressive des mécanismes de financement et de remboursement est déterminante pour favoriser son adoption.
« La télésurveillance implique une évolution des pratiques professionnelles et de l’organisation des soins, au-delà de la seule dimension technologique. »
— Benchimol et al., Hospital Topics, 2025
Vers une télésurveillance durable et intégrée.
En donnant la parole aux professionnels de santé, cette publication contribue à mieux comprendre les conditions réelles de déploiement de la télésurveillance dans la prise en charge de l’insuffisance cardiaque chronique. Elle rappelle que la télésurveillance ne repose pas uniquement sur la technologie, mais avant tout sur l’organisation des soins, les compétences humaines et l’accompagnement des équipes. Des éléments clés pour inscrire durablement la télésurveillance dans le système de santé français, au bénéfice des patients.

